X (Twitter) : pourquoi le réseau social d’Elon Musk est visé par une large enquête de la Commission européenne

 
La Commission européenne annonce ouvrir une enquête formelle à propos de X (Twitter) pour déterminer si elle a enfreint le Digital Services Act (DSA). En cause, la modération des contenus, les « dark patterns », la transparence de publicité ou encore l’accès aux données pour les chercheurs.

Le rĂ©seau social X (Twitter) est une Ă©nième fois dans la tourmente. Après une enquĂŞte prĂ©liminaire ouverte en octobre dernier, la Commission europĂ©enne ouvre aujourd’hui une « enquĂŞte formelle » Ă  propos de X.

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Sur quoi est-ce que la Commission européenne enquête-t-elle ?

La réponse se trouve dans le communiqué de presse publié ce jour par l’institution. Il s’agit principalement d’évaluer si X a respecté ou non le Digital Services Act (DSA), une nouvelle législation européenne des plateformes numériques, entrée en vigueur le 25 août dernier. Cette ouverture d’enquête ne signifie pas que X a manqué à ses obligations. C’est la première fois que la Commission européenne utilise cette procédure dans le cadre du DSA, moins de quatre mois après son entrée en vigueur. Pour le moment, aucun délai de conclusion n’a été donné, cette disposition n’étant pas inscrite dans le DSA.

La lettre envoyée par la Commission européenne à X // Source : Thierry Breton via X

Cela concerne plus particulièrement « la lutte contre la diffusion de contenus illicites dans l’UE », mais aussi « l’évaluation des risques et les mesures d’attĂ©nuation adoptĂ©es » ainsi que le fonctionnement du traitement des signalements par le rĂ©seau social concernant ces contenus.

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Cela concerne Ă©galement les mesures prises par X pour la lutte « contre la manipulation de l’information ». La Commission dit vouloir se pencher sur les « Community Notes » et leur efficacitĂ©. Pour rappel, il s’agit d’une fonctionnalitĂ© permettant Ă  certains membres de X d’ajouter du contexte Ă  un tweet qui s’affiche nĂ©cessairement. Une fonctionnalitĂ© assez controversĂ©e Ă  cause de son fonctionnement peu transparent et qui peut ĂŞtre manipulĂ©.

En parlant de transparence, l’enquête formelle se penchera aussi sur l’accès aux chercheurs des données de X, y compris son algorithme, ou encore sur le dépôt des annonces (les contrôles des publicités qui sont affichées). X est par ailleurs accusé d’être conçu de façon trompeuse : les processus d’attribution des badges de « vérification » (les pastilles bleues) pourraient être jugées comme n’étant pas assez forts.

Pourquoi est-ce que X (Twitter) se retrouve dans cette procédure ?

Si X (Twitter) peut ĂŞtre sous le joug de cette enquĂŞte, c’est tout d’abord par son statut. En avril dernier, le rĂ©seau social rachetĂ© par Elon Musk a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© comme une « très grande plateforme en ligne » (de l’acronyme anglais VLOP). En effet, avec ses 112 millions d’utilisateurs actifs, elle dĂ©passe le seuil de 45 millions fixĂ© par le Digital Services Act. Contrairement Ă  des rĂ©seaux sociaux plus petits, X doit se soumettre Ă  des obligations plus strictes. Cela concerne sa conception, l’évaluation des risques de diffusion des contenus illicites, ses algorithmes de recommandation, l’information des dĂ©cisions de modĂ©ration, etc.

Le logo de Twitter renversé // Source : Modification d’une image d’Alexander Shatov sur Unsplash

Plus précisément, en octobre dernier, le commissaire européen au marché intérieur et au numérique Thierry Breton retoquait X. Il accusait le réseau social de laisser propager la désinformation concernant la guerre opposant Israël au Hamas. De plus, X ne serait pas assez réactif dans sa modération des images et vidéos de propagande et d’horreur suite aux attaques terroristes ayant eu lieu en Israël le 7 octobre dernier.

Les sanctions qui pourraient être prises à l’encontre de X (Twitter)

Durant cette procĂ©dure, la Commission europĂ©enne peut tout Ă  fait prendre certaines dĂ©cisions, y compris des « dĂ©cisions de non-conformitĂ© ». Cependant, elle peut considĂ©rer « tout engagement pris par X de remĂ©dier aux problèmes faisant l’objet de la procĂ©dure. » Au cours de l’enquĂŞte, si la Commission l’estime nĂ©cessaire, elle peut prendre des mesures provisoires qui peuvent ĂŞtre « des modifications apportĂ©es aux systèmes de recommandation, une surveillance accrue des mots clĂ©s ou des hashtags spĂ©cifiques, ou des ordonnances visant Ă  mettre fin aux infractions prĂ©sumĂ©es ou Ă  y remĂ©dier. »

Le texte de loi sur le site de l’Union européenne, qui est évidemment passionnant à lire // Source : Frandroid

Dans le cas oĂą X (Twitter) ne collaborerait pas suffisamment lors de l’enquĂŞte avec la Commission, cette dernière pourrait infliger des amendes allant jusqu’à 1% de son chiffre d’affaires annuel mondial. Par ailleurs, pour chaque jour de retard dans une rĂ©ponse, elle peut infliger « des pĂ©nalitĂ©s jusqu’à 5% du chiffre d’affaires quotidien moyen dans le monde ».

Les nouvelles obligations des plateformes numériques dans le cadre du DSA // Source : Commission européenne

Si Ă  l’issue de l’enquĂŞte formelle, la Commission Ă©tablit une violation du Digital Services Act par X, diverses sanctions peuvent ĂŞtre prononcĂ©es. La plus importante, ce serait une amende allant jusqu’à 6% du chiffre d’affaires annuel mondial du rĂ©seau social. Une sanction « ordonnant Ă  ce fournisseur de prendre des mesures pour remĂ©dier Ă  ce manquement dans le dĂ©lai de la Commission », rappelle cette dernière. Dans ce cas-lĂ , X aurait tout Ă  fait le droit de demander un recours devant une juridiction europĂ©enne. Le chiffre d’affaires du rĂ©seau social Ă©tait de 4,14 milliards de dollars en 2022, rapportait La Tribune. En partant du principe que l’exercice 2023 serait du mĂŞme montant, cela ferait une amende maximale de 248 millions de dollars environ, soit un peu plus de 227 millions d’euros selon le cours actuel. Pour autant, au vu de la succession de polĂ©miques auquel fait face le rĂ©seau social, on s’attend Ă  ce que son chiffre d’affaires continue de dĂ©gringoler en 2023. En dernier recours, la Commission pourrait temporairement suspendre le rĂ©seau social.


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