« L’État protège EDF, pas les consommateurs » : le prix de l’électricité va-t-il réellement exploser en 2026 ? On fait le point sur la situation

 
Les factures d’électricité des particuliers Français pourraient bien grimper en flèche d’ici à 2026. En cause ? L’entrée en vigueur imminente de la nouvelle régulation du nucléaire. Voici tout ce qu’il faut savoir.
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19 % : c’est l’augmentation moyenne du montant des factures d’électricité des clients hexagonaux que prédit l’UFC-Que Choisir dans son rapport à charge. Soit, un surcoût annuel d’environ 250 € pour les ménages !

Une baisse des tarifs… avant une envolée en 2026 ?

Un coup de pouce sur la facture… avant un retour de bâton ? C’est le scénario que redoute l’UFC-Que Choisir pour les abonnés au tarif réglementé de l’électricité (TRVE) d’EDF et ceux ayant opté pour une offre indexée à celui-ci. Après une baisse moyenne de 15 % en février dernier, l’association alerte sur une possible remontée des prix dès l’année prochaine, pointant du doigt les effets inflationnistes de la nouvelle régulation du nucléaire.

En cause ? La fin imminente de l’Arenh (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique), prévue pour le 31 décembre prochain. Mis en place depuis près de 15 ans, ce dispositif obligeait EDF à vendre une partie de son électricité nucléaire à prix réduit (42 €/MWh) aux fournisseurs alternatifs et aux gros consommateurs industriels, permettant ainsi aux ménages d’en tirer profit. Avec la nouvelle régulation négociée entre EDF et l’État à l’automne 2023, ce modèle va évoluer… et pas forcément en faveur des consommateurs (toujours d’après l’UFC).

En effet, pour remplacer l’Arenh, un nouveau dispositif visant à réguler le prix de l’électricité a été mis en place et récemment adopté. Il repose sur l’accord conclu entre EDF et l’État en novembre 2023, qui fixe un prix moyen de l’électricité à environ 70 €/MWh sur 15 ans. Une annonce qui n’avait pas franchement emballé les associations de consommateurs et les industriels, inquiets des répercussions sur les prix.

Avec ce nouveau système, EDF pourra vendre toute son électricité sur les marchés. Mais pour éviter les envolées incontrôlées des prix, un mécanisme de redistribution a été prévu. 

En clair, si le prix dépasse un certain seuil, une partie des revenus supplémentaires d’EDF sera récupérée et redistribuée aux consommateurs, qu’ils soient clients d’EDF ou non. Concrètement, entre 78 et 110 €/MWh, EDF reverserait 50 % des revenus excédentaires, et au-delà de 110 €/MWh, ce serait 90 %. Reste à voir si ce mécanisme suffira à limiter l’impact sur les factures.

Et c’est là que le bât blesse en réalité : tandis que le gouvernement défend un dispositif censé « amortir les hausses de prix pour les consommateurs », l’UFC-Que Choisir, quant à elle, tire la sonnette d’alarme. Selon l’association, cette nouvelle régulation du nucléaire pourrait faire flamber les coûts d’approvisionnement, avec un impact direct sur les factures d’électricité.

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Fini l’électricité à prix cassé : ce qui va changer avec la fin de l’Arenh

Pour étayer son analyse, l’UFC a simulé l’application de cette réforme dès cette année, en s’appuyant sur les dernières données de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) concernant l’évolution des tarifs réglementés.

D’après cette simulation, la facture aurait pu grimper en flèche avec une hausse de 44 % du coût d’approvisionnement, passant ainsi de 81,37 euros à plus de 117 euros par MWh. L’UFC-Que Choisir pointe du doigt un nouveau mode de calcul qui, selon elle, s’appuie sur les prix volatils et élevés des marchés de gros plutôt que sur le coût réel de production de l’électricité en France. L’association rappelle d’ailleurs qu’en 2023, seules 5,4 % de l’électricité consommée dans l’Hexagone provenaient de l’importation.

« Cette explosion des tarifs de l’électricité résulte donc d’un choix politique assumé : faire payer aux Français leur électricité au prix fort, comme s’il fallait intégralement l’acheter sur les marchés internationaux, alors même qu’elle est produite en France à des coûts bien plus bas », rappelle ainsi l’association.

Pourquoi votre facture pourrait grimper de 19 % en 2026 ?

Pour ne rien gâcher, l’UFC-Que Choisir estime que la redistribution des profits d’EDF aux ménages sera finalement bien plus limitée que prévu, dénonçant un mécanisme « faussement protecteur » pour les consommateurs. L’association va même plus loin en annonçant que « l’’État protège EDF, pas les consommateurs« .

L’association explique qu’avec un prix de vente de l’électricité nucléaire à 120 €/MWh sur les marchés, EDF paierait une taxe de 28,5 €, tout en conservant une marge confortable de 26,5 €.

Le hic ? Seulement 17,1 € seraient réellement reversés aux consommateurs, en grande partie à cause de la baisse du coefficient de bouclage en 2023, qui considère désormais que le nucléaire ne représente que 58 % de la consommation électrique des ménages. Résultat : seule une partie des revenus issus de cette taxe profiterait aux particuliers, le reste étant absorbé par le budget de l’État. 

En clair, l’UFC-Que Choisir estime que le coût d’approvisionnement de l’électricité pour les abonnés au tarif réglementé se situerait entre 107,5 et 113,7 €/MWh, bien au-dessus des 81,37 € observés actuellement.

Face à ces différents constats, l’UFC-Que Choisir a fait les comptes : avec cette réforme, les consommateurs abonnés au tarif de base verraient leur facture grimper de 19 % en moyenne. Pour un foyer standard abonné au TRVE d’EDF (ou à une offre indexée à celui-ci), cela pourrait représenter jusqu’à 250 € de plus par an ! Et pour ceux qui se chauffent à l’électricité ou habitent dans des logements mal isolés, la note risque d’être encore plus salée. Une hausse qui ne passera pas inaperçue, surtout dans un contexte où la maîtrise du budget énergie s’avère déjà un casse-tête pour de nombreux ménages.

Hausse des factures : l’UFC-Que Choisir réclame des mesures d’urgence

Alors, devant de telles projections, que propose l’association de consommateurs ? Eh bien, elle exige que soient prises différentes mesures : 

  • Une taxation plus stricte des bénéfices d’EDF, allant bien au-delà des mesures actuelles ;
  • Un remboursement total aux consommateurs des recettes issues de cette taxe, sous forme de réduction directe sur leur facture d’électricité ;
  • La mise en place sans délai d’une commission indépendante, incluant des associations de consommateurs, pour revoir en profondeur le mode de régulation du marché de l’électricité ;
  • La création d’un service public de l’électricité, assurant un tarif basé sur les coûts réels du nucléaire et de l’hydroélectricité, et non soumis aux variations des marchés.

Hausse des prix ou stabilité ? Le gouvernement répond aux craintes

De son côté, le ministère de l’Économie conteste les projections alarmantes de l’UFC-Que Choisir concernant cette hausse massive des tarifs de l’électricité en 2026. À en croire Bercy, l’analyse de l’association repose sur des hypothèses simplistes et incomplètes. Pour commencer, le gouvernement rappelle que la réforme du marché de l’électricité vise à stabiliser les prix en réduisant la dépendance aux fluctuations du marché de gros. 

Il souligne ensuite que d’autres paramètres – comme l’évolution des coûts de production et les mécanismes de redistribution des revenus d’ED -, ne sont pas pris en compte dans les calculs de l’UFC-Que Choisir. Enfin, le ministère insiste sur le fait que les prix finaux seront définis par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et pourraient intégrer des mesures d’atténuation pour protéger les consommateurs.

Le média Connaissances des Energie précise ainsi que « Bercy a rejeté ces conclusions en estimant que « le calcul ainsi réalisé est biaisé » car l’étude publiée par l’UFC-Que Choisir propose un calcul associant des données actuelles à un mécanisme qui n’entrera en vigueur qu’en 2026, sans tenir compte d’autres paramètres« .

Pour résumer, le ministère de l’Économie table plutôt sur une baisse des prix l’année prochaine. Alors, qui dit vrai ? Affaire à suivre.


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