Claude aurait réalisé une incroyable découverte scientifique : ART, un cousin possible de CRISPR chez les virus

CRISPR 2.0, vraiment ?

 
Anthropic a annoncé ce mercredi 23 septembre que son modèle d’IA Claude a repéré, seul ou presque, un système enzymatique inconnu dans l’ADN de bactériophages, avec une architecture qui rappelle CRISPR.
Crédits : Frandroid

Anthropic a monté au printemps 2026 un laboratoire de biologie dans la baie de San Francisco, dont Reuters a révélé l’existence le 18 septembre. Pour dénicher ce système, Claude a passé au crible plus de 200 000 enzymes en 21 heures, un travail qui prend des semaines, voire des mois, à un chercheur expérimenté. Dario Amodei, le CEO d’Anthropic, estime qu’il s’agit au minimum d’un travail dont il aurait été fier comme doctorant.

Ce que Claude a vraiment trouvé

Au départ, Anthropic a donné à Claude une consigne simple : fouiller une énorme base de séquences d’ADN à la recherche de reverse transcriptases.

Une reverse transcriptase (transcriptase inverse en français) est une enzyme qui recopie de l’ARN en ADN, l’inverse du sens habituel (les rétrovirus comme le VIH s’en servent pour s’intégrer dans nos cellules). Environ 950 agents Claude ont brûlé 210 millions de tokens, isolé 3 500 systèmes candidats, puis retenu les 20 plus prometteurs. L’équipe d’Anthropic a travaillé avec Claude Science et Claude Code, les mêmes outils que n’importe quel chercheur peut utiliser.

Un agent a alors repéré une anomalie. À côté du gène d’une reverse transcriptase d’allure inhabituelle, il a vu une longue série de séquences d’ADN répétées, une structure qui rappelle CRISPR. Anthropic a baptisé sa trouvaille ART, pour « array-associated reverse transcriptases », et l’a localisée surtout dans des bactériophages, ces virus qui infectent les bactéries.

L’enzyme elle-même n’est pas nouvelle : de précédentes études l’avaient déjà repérée dans un « jumbo phage ». D’après Anthropic, Claude est le premier à avoir remarqué ce qui l’entoure. Le système ART réunit trois éléments : la reverse transcriptase, un gène voisin à la fonction inconnue et la série de répétitions d’ADN.

CRISPR 2.0 ou coup de com’ ?

La comparaison avec CRISPR est recherchée par Anthropic : CRISPR a transformé la médecine et a valu le prix Nobel de chimie 2020 à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna.

Sauf que pour le moment, rien ne dit encore que les deux systèmes font la même chose. L’outil CRISPR le plus connu s’appuie sur Cas9, une paire de ciseaux moléculaires qui coupe l’ADN à un endroit précis.

La reverse transcriptase d’ART, elle, recopie de l’ARN en ADN. La ressemblance tient d’abord aux répétitions autour de l’enzyme, qui évoquent CRISPR.

Les premières expériences d’Anthropic montrent toutefois que ces répétitions produisent une série de courts ARN distincts, comme dans CRISPR, ce qui laisse penser que le système pourrait lui aussi être programmable.

Personne ne sait encore à quoi sert ART. Dario Amodei l’admet lui-même : la fonction exacte du système, son utilité éventuelle en biotechnologie et son importance réelle « ne sont pas encore claires ».

Anthropic a publié un preprint, une étude qui n’a pas encore été relue par des pairs. La comparaison avec un travail de doctorant a d’ailleurs ses limites, puisqu’une thèse passe devant un jury.

Anthropic n’est pas la seule à chercher de ce côté. Google a lancé dès 2020 AlphaFold, son outil d’IA pour la recherche en biologie, et des chercheurs de l’université de Californie à San Francisco ont récemment utilisé l’IA pour concevoir des enzymes de toutes pièces.

Le système n’arrive pas de nulle part. Dario Amodei reconnaît qu’une équipe de Stanford a récemment décrit un système proche, apparu indépendamment au cours de l’évolution. Ce précédent rend l’existence d’ART plus crédible, mais il relativise aussi la nouveauté de la trouvaille. Feng Zhang, un des pionniers de CRISPR, professeur au MIT et au Broad Institute, juge ces répétitions « vraiment intrigantes » et estime qu’elles méritent d’être étudiées, dans une déclaration diffusée par Anthropic.

Anthropic accélère ainsi dans la biologie tout en multipliant les signaux de prudence. L’entreprise a demandé à l’industrie de ralentir la course à l’IA, a bloqué des tentatives d’utiliser Claude pour concevoir des armes biologiques et a publié un rapport de 161 pages sur les détournements de son modèle. En interne, un chercheur a même claqué la porte en dénonçant une fuite en avant vers la superintelligence.

Anthropic assure encadrer son laboratoire. L’équipe s’en tient aux deux niveaux de biosécurité les plus bas (BSL-1 et BSL-2) et ne manipule aucun agent pathogène capable d’infecter l’humain.

Ces annonces de découvertes par IA appellent quand même un peu de recul. OpenAI a récemment affirmé avoir résolu un problème mathématique vieux de 90 ans, avant que des mathématiciens contestent l’exploit. Tant qu’on ignore à quoi sert ART et qu’aucun autre laboratoire n’a confirmé les résultats, le système reste une piste de recherche.

Pour l’instant, toutes les manipulations en laboratoire sont faites par des humains. Claude propose les expériences et l’équipe d’Anthropic les mène. Mais Dario Amodei n’exclut pas qu’un jour le modèle pilote lui-même les machines du laboratoire, « avec les garde-fous appropriés », mais ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Anthropic cherche des capitaux et prépare une entrée de Bourse. Ce qui explique aussi la multiplication des annonces, comme celle-ci.


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